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Pourquoi comprendre ne suffit pas toujours à aller mieux ? Et c'est pourtant essentiel...


l y a une phrase que beaucoup de personnes prononcent un jour, souvent avec une forme de fatigue dans la voix.

« Je comprends… mais ça ne change rien. »

Elles ont lu, elles se sont renseignées, elles ont analysé leur histoire, elles savent d’où ça vient, elles savent “pourquoi”, elles savent même parfois exactement “ce qu’il faudrait faire”… et pourtant elles continuent à souffrir.

Alors une question apparaît.



Pourquoi comprendre ne suffit-il pas à aller mieux ?

Et surtout, qu’est-ce qui manque, quand tout semble déjà clair intellectuellement ?

Je préfère le dire tout de suite, il n’y aura pas ici une réponse unique, définitive, universelle. Parce que la psychologie humaine ne fonctionne pas comme une recette. Mais il existe des mécanismes très solides, scientifiquement connus, qui permettent de comprendre pourquoi la compréhension seule ne déclenche pas forcément la transformation et pourquoi c'est aussi essentiel de le faire.

Et c’est justement là que l’on peut commencer à avancer.


Comprendre, ce n’est pas toujours changer

Avant de glisser dans le monde de la thérapie, il y a bientôt vingt ans, j’ai commencé mes premières armes dans l’univers de l’éducation, l’éducation socio-culturelle, puis l’éducation spécialisée, notamment dans la réinsertion.

Et il y avait un mot qui revenait constamment : la pédagogie.

Le mot vient du grec paidagôgia, qui signifie littéralement l’art de “conduire l’enfant”, c’est-à-dire transmettre, guider, accompagner vers l’apprentissage.

Ce qui m’a toujours marqué, c’est que dans l’éducation, il paraît évident qu’expliquer est un acte central. On ne demande pas à quelqu’un de progresser sans lui donner un minimum de structure, de compréhension et de repères.

Alors qu’en santé mentale, c’est presque l’inverse qui se produit parfois.

Beaucoup de personnes arrivent avec des souffrances très réelles, très fortes… mais avec des explications très floues, ou très abstraites. Elles cherchent un coupable, extérieur ou intérieur. Elles veulent “une cause”. Un événement unique. Un élément précis qui expliquerait tout.

Et c’est profondément humain.

Quand on va mal, on veut une réponse. Le cerveau déteste le vide. Il préfère une explication imparfaite à une absence d’explication.

Sauf que dans la réalité, il est extrêmement rare qu’un mal-être se règle en tirant une seule ficelle. De la même façon, une émotion n’est jamais “unique”. Nous avons créé un mot par émotion, peur, tristesse, colère, honte, comme si chaque mot correspondait à un bouton bien précis dans le cerveau. Mais la réalité neuropsychologique est beaucoup plus subtile : une émotion est surtout l’interprétation d’un état interne complexe, qui implique plusieurs réseaux neuronaux en même temps. Plusieurs zones cérébrales s’activent, se coordonnent, se chevauchent, et il n’existe pas de “neurones spécialisés” uniquement pour un type d’émotion. C’est toujours un cocktail : un mélange de perception du corps, de mémoire, de contexte, d’anticipation, d’attention, et de réactions physiologiques. Et c’est précisément pour cela qu’une explication unique, une cause unique, ou une seule lecture d’un mal-être est souvent biaisée… parce que la réalité, elle, est multifactoriellle.

Le stress agit sur le sommeil, qui agit sur l’énergie, qui agit sur la motivation, qui agit sur les comportements, qui agit sur l’estime de soi… et on pourrait continuer longtemps.

C’est pour cela que, parfois, même savoir “pourquoi”, ne suffit pas.

Et c’est aussi pour cela que l’intelligence seule ne guérit pas toujours.



Pourquoi la pédagogie aide déjà à se sentir mieux

Ce que j’ai remarqué, au fil des années, c’est qu’une partie importante de l’apaisement commence avant même l’hypnose, avant même la technique.

Elle commence au moment où la personne comprend enfin que ce qu’elle vit… n’est pas de la folie ou étrange. Qu’il y a des mécanismes physiologiques, neurologiques, hormonaux, parfaitement normaux, derrière ses réactions.

Et là, quelque chose change déjà. Parce que la peur baisse, la honte baisse, la pression baisse, Le sentiment d’être “anormal” baisse.

Et surtout, un sentiment très puissant apparaît : la cohérence.

Quand quelque chose devient compréhensible, même partiellement, on se sent déjà moins perdu.



Les mots peuvent aider… ou perdre

Un autre point essentiel, c’est le langage.

Le monde de la psychologie, de la psychiatrie et de la médecine est un monde rempli de mots. Un vocabulaire complexe, riche, parfois magnifique, mais souvent intimidant.

Dans certaines formations, on entend souvent l’idée suivante : une personne utilise environ 20 000 mots dans son langage courant, mais le vocabulaire médical peut représenter des dizaines de milliers de termes supplémentaires.

Même si ces chiffres varient selon la manière de compter, l’idée générale est vraie : la médecine utilise énormément de termes techniques, parfois très spécifiques, souvent issus du grec ou du latin.

Et ce n’est pas une impression : certaines références médicales annoncent plus de 40 000 termes. De même, les études sur le vocabulaire des adultes montrent que notre vocabulaire global peut atteindre environ 40 000 mots et plus, selon l’âge et les méthodes de mesure.

Le problème n’est pas que ces mots existent.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, les gens les croisent partout : réseaux sociaux, vidéos, influenceurs, livres, forums… souvent en dehors de leur contexte. Un mot est isolé, simplifié, parfois détourné et très souvent incompris et dévoyé.

Et la personne finit par souffrir avec une explication qu’elle croit rationnelle… alors qu’elle est surtout incomplète.

On croit comprendre… mais on comprend mal et parfois, cette pseudo-compréhension empêche parfois d’avancer.


Le corps n’attend pas qu’on comprenne

Il y a aussi une vérité simple, mais essentielle:

Même quand on comprend quelque chose, le corps continue.

Le système nerveux autonome, les mécanismes de stress, les automatismes émotionnels, les habitudes… tout cela ne change pas immédiatement parce qu’on a eu une prise de conscience.

  • Comprendre une phobie ne désactive pas automatiquement la phobie.

  • Comprendre son anxiété ne coupe pas automatiquement l’anxiété.

  • Comprendre son schéma relationnel ne guérit pas instantanément la peur d’être abandonné.

Parce que beaucoup de souffrances ne sont pas seulement des idées, ce sont des circuits. Et les réseaux se modifient autrement que par l’intellect.


Un exemple simple : “je dors mal, donc je vais mal”

Beaucoup de personnes interprètent leur fatigue ou leurs cauchemars comme un signe mystérieux.

« Si je cauchemarde, c’est que ça ne va pas. »« Si je me réveille, c’est que quelque chose cloche. »« Je suis comme ça, de toute façon. »

Et souvent, cette interprétation augmente l’angoisse. Alors qu’il existe parfois des explications beaucoup plus terre-à-terre.

Le sommeil dépend de facteurs biologiques très concrets : température corporelle, digestion, hormones, stress, rythme circadien, activation du système nerveux…

Un stress chronique peut perturber le sommeil. Une alimentation déséquilibrée peut perturber la digestion. Une digestion difficile peut perturber la thermorégulation (montée en température du foie etc...). Une activation physiologique trop forte peut augmenter les micro-réveils.

Et suit à cela, le cerveau fait ce qu’il fait toujours : il cherche du sens. Il fabrique une histoire. Mais cette histoire n’est pas forcément la cause.

Et parfois, comprendre ça libère déjà énormément.

Parce qu’on sort d’une idée terrifiante : “il y a quelque chose de grave en moi”, pour revenir vers une idée plus apaisante : “mon corps réagit”.


Comprendre “pourquoi” n’est pas comprendre “comment”

Il y a une différence énorme entre :

comprendre pourquoi on va mal, au sens abstrait, philosophique, parfois même imaginaire et comprendre comment ça fonctionne, au sens concret, observable, modifiable.

Le “pourquoi” est souvent séduisant, parce qu’il donne un grand récit.

Mais le “comment” donne du pouvoir.

Le “comment”, c’est :

  • à quel moment cela se déclenche ?

  • quels sont les déclencheurs ?

  • quels sont les facteurs qui aggravent ?

  • quels sont les facteurs qui apaisent ?

  • quels sont les mécanismes de maintien ?

Et quand on commence à comprendre comment, on commence à changer.

Parce qu’on voit quoi faire. Pour plus de lecture sur le sujet: L'article "Pourquoi savoir pourquoi?"


Comprendre n’efface pas l’émotion

Et c’est ici que l’hypnose trouve toute sa pertinence. Parce qu’une émotion n’est pas toujours une chose qu’on “raisonne”.

Une émotion est une expérience et souvent, on ne s’en libère pas uniquement en l’analysant, on s’en libère en la transformant.

C’est d’ailleurs une des grandes tendance de notre époque : croire que si on explique tout, alors tout va mieux.

Parfois oui.

Mais parfois non.

Parce que l’émotion ne demande pas une explication. Elle demande une régulation.


C’est pour ce paradoxe que mes séances ne sont pas seulement de l’hypnose

C’est pour cela que dans mes séances, je mets un point d’honneur à toujours partager le temps entre une phase de discussion importante, dans laquelle la pédagogie a toute sa place, et l’hypnose, qui active d’autres processus.

La discussion permet de :

  • clarifier,

  • recadrer,

  • donner du sens,

  • traiter la peur,

  • rendre cohérent.


L’hypnose, elle, permet :

  • de travailler au niveau des automatismes,

  • d’agir sur les associations émotionnelles,

  • de modifier des réponses profondes,

  • de reconnecter le corps et l’esprit là où l’intellect seul atteint ses limites.


    Ce n’est pas l’un contre l’autre. C’est un équilibre.


Comprendre est une étape, pas une fin

Comprendre ne suffit pas toujours à aller mieux, parce que comprendre est un acte intellectuel… alors que souffrir est souvent un acte total : mental, émotionnel, physiologique.

Mais comprendre reste une étape précieuse.

Car la pédagogie bien faite ne guérit pas tout… mais elle ouvre la porte.

Elle transforme “je suis cassé” en “je fonctionne comme un humain”.

Et quand on commence à voir que l’on fonctionne, on arrête de se battre contre soi-même: On devient plus doux avec soi-même..

Et c’est souvent là que l’on commence enfin à avancer.



Michaël Servage


2 commentaires


zazou.s0711
il y a 4 heures

Très très intéressant !!

Article qui facilite la compréhension de nos mécanismes

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Michaël SERVAGE
Michaël SERVAGE
il y a 4 heures
En réponse à

Merci !

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